Exercice de français ou Bruxelles

2nd collection Photographer : Guillaume Kayacan MUA: Doll make-up/Carol Timperman/Maud Liegeois/Sandrine Make-up Models : FLAG MODELS

La Ville se réveille avec un bruit d’os. Ses ronflements commencent avec des trams taciturnes et se prolongent le long du canal. Ce canal qui est comme une plaie en plein visage, une cicatrice que porte cette dame grise qu’est la Ville. Oh ! Femme habillée de maisons, ta robe a plus d’un siècle et tu la portes comme celle du dimanche. On entend le soleil caresser tes lourds nuages sans les transpercer. Le monde a du mal à ouvrir ses yeux sur cette île d’acier et de béton. Des flaques d’eau et d’huile ressemblent à des taches de rousseur, des points de beauté. Les chats s’enfuient comme des âmes peureuses. Les voitures, les autobus et d’autres créatures  se lancent dans la marée des rues infinies ; plus qu’une ville c’est comme une mer ou comme une forêt aux racines inextricables. C’est dans cette forêt que je suis arrivé, sans nom et sans mémoire, fils du passé, propriétaire du hasard.

La première chose qui m’a frappé dans la Ville c’est son ciel ; on dirait une falaise inversée par où coulent des fleuves fantastiques. Des fleuves qui provoquent souvent des chutes d’eau, et quelles chutes ! On marche dans les rues ophidiennes en portant l’humidité comme une morsure de cobra dans les os. Tremblent aussi sous la pluie les tours squelettiques, les églises et les monuments ; c’est le paradis pour le vert et le cauchemar pour la pierre, et pour la chair… Habitants de cette folie, on devient comme des champignons qui se baladent sous un rideau de précipitations.

Après il y a la beauté des maisons, ces temples de la simplicité que l’homme a construit sous prétexte de se protéger du froid et des intempéries, mais qui sont là aussi pour être admirées. Avec une disposition parfois sauvage ou chaotique mais impassibles aux assauts que le temps a accompli en essayant de voler son charme. Sans succès. L’essence d’un continent est gravée sur les façades qui regardent les habitants avec une expression historique et une goutte d’ironie.

Après il y a le froid. Cet ami qui aime bien plaisanter en tapant sur les côtes. Qui adore faire mal aux doigts et au nez avec sa pince de fer ! Il n’a jamais grandi, ce gars au sourire tremblant. Il est le fils gâté de la Ville, toujours des bêtises sans punition !

Et finalement on arrive au mélange de races et de cultures qui mijote dans cette casserole miraculeuse. Mille langues, toutes les couleurs de peau, tous les tons et toutes les tonalités ! On se croirait dans un congrès des nations extraordinaire et perpétuel. C’est la Ville du futur, mesdames et messieurs, elle le sait et en est fière.

Je suis un oiseau de plus, un grain de sable dans le désert, une graine dans la forêt, une molécule d’hydrogène dans la pluie, un chat dans les ombres, un flaque du matin après une nuit de tempête, un rayon qui transperce le coton ! Le dernier arrivé, celui qui se laisse encore éblouir par la beauté, celui qui est capable d’entendre le craquement des os et le rire des murs. Avant de m’habituer au gris et aux cris des corbeaux et de commencer à me plaindre comme les autres…

L’immigrant.

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Acerca de arielbacosta

Ariel B. Acosta Ulloa (Sancti Spíritus, Cuba, 1979). Ex actor del grupo “Teatro de los Elementos”. Miembro del taller especializado en preceptiva "En el vórtice de la contemporaneidad". Obtuvo el primer premio del Concurso Territorial "Zenón Rodríguez" en el 2005 y ese mismo año el Consejo Nacional de Casas de Cultura le otorgó la Beca de Creación "Sigifredo Álvarez Conesa". Textos suyos aparecen en las revistas El Caimán Barbudo y Calle B, así como en la antología poética “El Libro de los Aforismos” (Editorial Mecenas, Cienfuegos, 2008). Reside en Bélgica desde 2007. Es el autor de "La balada de los suicidas", cuentinovela publicada recientemente por Eriginal Books.

Publicado el junio 11, 2012 en Journal de l'immigrant y etiquetado en , , . Guarda el enlace permanente. Deja un comentario.

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